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Prévoir les prévisions : comment pouvons-nous savoir ce que nous savons sur le changement climatique?


Nous avons élaboré des modèles de plus en plus précis pour prévoir les changements climatiques. Or nos connaissances et notre technologie ne peuvent aller qu’en s’améliorant. Comment les prévisions vont-elles progresser dans un avenir proche?

Nous savons depuis des années que le climat mondial est en train de changer, même si notre compréhension de l’ampleur, de la gravité et des divergences régionales du phénomène s’est grandement améliorée au fil du temps. L’an dernier, l’Organisation des Nations unies a publié deux rapports détaillant les risques associés aux émissions* de gaz à effet de serre et à la destruction* de l’écosystème d’une clarté et d’une fermeté sans précédent. Les médias d’information, les experts du climat et les conseillers politiques adaptent leur terminologie* pour envoyer un message plus clair, plus précis et plus fort puisqu’ils parlent de plus en plus de « crise » ou « d’urgence climatique » plutôt que de « changement » ou de « réchauffement climatique ».

Mais comment pouvons-nous, en tant que société, savoir ce que nous savons sur le changement climatique? Comment mieux comprendre nos prévisions sur le climat? Comment nos conversations sur le climat vont-elles évoluer?

Dre Jamie Summers

Consultante pour l’approche Conçu pour l’avenir

* Les liens marqués d’un astérisque ne sont disponibles qu’en anglais.

Voici trois points sur lesquels nos prévisions progressent :

1. Résolution

La résolution de nos prévisions s’améliore et nous apprenons comment travailler à l’échelle pertinente. Les modèles de circulation générale*, qui sont considérés comme les outils les plus avancés pour simuler la dynamique du climat mondial, sont des modèles complexes qui utilisent des grilles tridimensionnelles autour du globe pour représenter les processus physiques en jeu dans l’atmosphère, les océans, la glace et sur la surface terrestre. Ces modèles sont très efficaces pour nous permettre de comprendre l’équilibre entre les énergies et les changements climatiques à grande échelle. C’est néanmoins à plus petite échelle, au niveau régional, que les humains et la nature font l’expérience des changements climatiques.

La modélisation de changements à petite échelle ou de systèmes très variables nécessite un paramétrage, qui consiste à faire la moyenne des processus locaux sur des zones plus étendues. En réduisant l’échelle, nous perdons donc en précision. Cependant, l’amélioration de la puissance de calcul facilite l’inclusion des processus climatiques localisés* (par exemple, le flux d’air au-dessus des montagnes, les courants océaniques locaux et les effets des nuages) dans des modèles à des échelles plus fines. À mesure que nous augmentons notre capacité à représenter et à modéliser des processus à l’échelle régionale, nous affinons notre vision du climat futur à un niveau significatif.

2. Interactions et réponses non linéaires

Nous améliorons notre compréhension des relations entre les multiples facteurs de stress et leurs effets. Le changement climatique n’est que l’un des facteurs de stress qui affecte l’environnement et les systèmes. De plus, c’est un phénomène aux multiples facettes, puisque différentes variables peuvent développer une synergie ou entrer en concurrence. Les conséquences sont presque toujours complexes à saisir, voire déroutantes. Or, pour assurer une gestion, une planification et une conception efficaces, il est primordial de comprendre comment ces variables interagissent.

Avec l’amélioration des données d’entrée et de la puissance de calcul, nous explorons et comprenons mieux les systèmes couplés, les seuils de réponse et les boucles de rétroaction*. La prise en compte des interactions renforce notre capacité à suivre les effets en cascade et à travailler avec précision en fonction d’objectifs tels que les bilans de carbone. Par exemple, le réchauffement dans certaines régions de l’Arctique canadien entraine la dégradation du pergélisol*, ce qui cause l’instabilité de la surface, l’altération du drainage et la libération des gaz à effet de serre piégés dans le pergélisol. Les gaz ainsi libérés provoquent à leur tour un autre cycle d’augmentation de la température. Bien que ces dynamiques restent toujours complexes, le perfectionnement constant des modèles et une meilleure compréhension des liens causaux apportent des réponses plus globales aux questions relatives aux systèmes d’interactions non linéaires et aux effets du changement climatique.

3. Incertitude

Nous améliorons notre façon de traiter l’incertitude. Il n’est pas possible de prévoir parfaitement l’avenir. Par conséquent, les outils et stratégies qui reconnaissent que l’incertitude et la variabilité sont inévitables constituent de précieux atouts pour la planification et la gestion. o Parmi ceux-ci, on peut mentionner les pratiques exemplaires d’utilisation des courbes IDF (Intensité-Durée-Fréquence) pour la prévision d’événements de précipitations extrêmes. Les courbes IDF* sont un outil couramment utilisé dans la gestion des infrastructures hydrauliques (par exemple, la conception et l’exploitation d’égouts, de bassins, de ponceaux, etc.) et sont conventionnellement produites en supposant que les précipitations extrêmes ont des moyennes constantes dans le temps (on parle de « stationnarité climatique »). Bien que les changements climatiques remettent cette hypothèse en question*, les courbes IDF restent des outils utiles pour une gestion résiliente de l’eau lorsque nous reconnaissons l’incertitude et la réduisons à l’aide de données d’observation et de modèles climatiques actualisés (voir l’article Perspectives WSP, « Prévoir l’imprévisible : méthodes novatrices pour la gestion des risques liés aux inondations »). À mesure que nous superposons les données, les prévisions et les outils, nous intégrons des points de vérification et de redondance dans notre travail.

Alors que nos méthodes de travail progressent grâce à une résolution plus fine, à une meilleure compréhension des interactions complexes et à la prise en compte de l’incertitude, nous appréhendons mieux les conditions climatiques futures et leurs effets. Notre communication sur le sujet évolue également. Les organismes internationaux et les médias d’information utilisent un langage plus direct et alarmiste. Il est probable que les discussions et les solutions de demain sur le changement climatique soient plus sophistiquées et que, espérons-le, notre société leur accorde plus d’importance.

Nous savons, grâce à la publicité générale et à des études spécifiques sur la communication sur le changement climatique*, que les messages de motivation doivent être personnels, localisés, axés sur le présent et positifs. À mesure que nous en apprenons davantage sur comment et pourquoi le climat évolue, nous avons non seulement la possibilité de concevoir de meilleures réponses, mais également d’orienter la discussion et d’en donner le ton.

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Par l’intermédiaire de « Conçu pour l’avenir », WSP apporte clarté et vision aux défis complexes grâce aux tendances clés dans les domaines des changements climatiques, de la société, des technologies et des ressources. Nous mettons également au défi notre personnel de discuter avec les clients de solutions conçues tant pour le présent que pour l’avenir. Notre programme « Conçu pour l’avenir » amène une paix d’esprit, une réduction des coûts du cycle de vie et de la résilience.

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