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CLIMAT


Mesures défensives

Étant donné que les événements météorologiques extrêmes sont de plus en plus fréquents et graves, les risques associés augmentent aussi. Alors que nous voyons se multiplier les gros titres sur les inondations, les feux de forêt et les épisodes de verglas qui ravagent nos communautés, comment améliorer la résilience de celles-ci en adaptant nos conceptions aux changements climatiques?

Vous avez peut-être déjà regardé de magnifiques maisons brûler et des villes entières envahies par les eaux dans le cadre d’un film d’action apocalyptique. Malheureusement, la probabilité de voir ce genre de scènes, sans truquage, au journal télévisé ne fait qu’augmenter.

Nous avons tous entendu parler aux nouvelles de feux de forêt, d’inondations ou de vagues de froid qui paralysaient un pays au complet. Au début de 2019, l’Organisation météorologique mondiale a indiqué que les quatre années de 2015 à 2018 avaient été les plus chaudes jamais enregistrées et que les dommages causés par les phénomènes météorologiques extrêmes au Canada avaient coûté 1,9 milliard de dollars en 2018.

Mais les statistiques et les réclamations d’assurance ne rendent pas compte du coût réel sur le plan humain : le stress dû au séjour dans un refuge bondé, la panique refoulée durant les évacuations à grande échelle, les albums de photos et le patrimoine familial perdus pour toujours, etc. Les données officielles et les médias ne couvrent pas tout.

Dans le cadre de notre programme Conçu pour l’avenir, nous avons étudié les tendances en matière de changements climatiques afin de mieux comprendre la fluctuation accrue du climat. Nous savons qu’il faut s’attendre à un réchauffement de la surface de la Terre et à une hausse de la température des océans. Ces deux phénomènes sont à leur tour liés à une augmentation de la vapeur d’eau dans l’atmosphère et à une diminution des glaces de l’Arctique durant les mois estivaux. Tous ces facteurs altèrent le cycle de l’eau; la variabilité des précipitations sera donc plus marquée. Les hivers seront plus humides, avec plus d’averses de pluie que de neige, et les événements pluviaux extrêmes seront deux fois plus courants d’ici 2050.

La facture risque d’être encore plus salée au Canada qu’ailleurs.

Selon un rapport de 2019 d’Environnement et Changement climatique Canada, le climat du pays se réchauffe deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale et l’Arctique canadien, trois fois plus vite. Il faudra donc relever de grands défis, aussi hétérogènes que nos paysages sont variés : la hausse du niveau de la mer et ses conséquences sur les côtes, les inondations causées par les débordements de rivières, les glissements de terrain, les tempêtes de verglas, les tornades, les feux de forêt et la fonte du pergélisol, pour ne nommer que ceux-ci.

La meilleure solution

Même s’il y a beaucoup de moyens pour remédier aux séquelles d’un événement météorologique extrême, se contenter de réagir est une stratégie très risquée. Maintenant que nous comprenons mieux la menace posée par les changements climatiques, nous pouvons imaginer des mesures défensives pour empêcher de nombreux dommages.

Voici probablement le meilleur point de départ : tenir compte des prévisions des experts en ce qui concerne les tendances et les paramètres climatiques, effectuer une étude d’impact environnemental et suivre l’Optique des changements climatiques.

Les outils de ce genre permettent aussi d’évaluer l’efficacité des mesures de prévention déjà en place, ce qui aide les villes à réduire les risques liés aux changements climatiques.

L’Optique des changements climatiques est un document de référence rédigé par Infrastructure Canada en juin 2018 pour permettre aux décideurs de comprendre les risques liés aux changements climatiques en matière de financement, de conception, de construction et de fonctionnement des vastes projets d’infrastructures au Canada. Il comprend deux volets : l’évaluation de la réduction des gaz à effet de serre (GES) et l’évaluation de la résilience aux changements climatiques. Le document oriente de grands projets d’infrastructures vers des conceptions qui réduisent les émissions de GES et qui résistent aux changements climatiques. L’Optique des changements climatiques est désormais une exigence absolue pour les projets associés à plusieurs programmes d’Infrastructure Canada, notamment le Programme d’infrastructure Investir dans le Canada (PIIC), le Fonds d’atténuation et d’adaptation en matière de catastrophes (FAAC) et le Défi des villes intelligentes.

Les outils de ce genre permettent aussi d’évaluer l’efficacité des mesures de prévention déjà en place, ce qui aide les villes à réduire les risques liés aux changements climatiques. Les décideurs peuvent déterminer quelles infrastructures doivent être remplacées ou repensées (parfois à fort coût) et lesquelles requièrent une intervention moindre, p. ex. de légères modifications ou un entretien différent.

L’évaluation doit se concentrer sur des paramètres climatiques précis, ceux qui ont les répercussions les plus directes et prévisibles. Dans le cas des systèmes municipaux qui devront gérer les inondations, des bâtiments qui devront supporter une plus lourde charge de neige et des régions qui seront menacées par les feux de forêt, l’analyse pourrait mener à la prise de mesures de prévention telles que :

Conception de systèmes intelligents qui détourneront les eaux des infrastructures.

Utilisation de matériaux de construction pouvant séquestrer énormément de monoxyde de carbone et résister aux tremblements de terre tout en diminuant la pression sur les fondations.

Intégration de zones de dégagement et réalisation de brûlages dirigés autour des collectivités et des infrastructures pour les protéger des feux de forêt.

Voilà seulement quelques suggestions d’experts pour éliminer ou, à tout le moins, réduire les répercussions des événements météorologiques extrêmes. De nouvelles idées naissent et sont mises à l’épreuve continuellement.

Évaluation de la vulnérabilité

En théorie, nous devrions être bien préparés pour contrer la menace des changements climatiques compte tenu de l’arsenal de mesures défensives et de stratégies de réduction des conséquences que nous pouvons mettre en place. En réalité, la plupart des municipalités ne peuvent pas implanter ces solutions dispendieuses parce qu’elles ont des ressources limitées.

Près de 60 % des infrastructures publiques essentielles du Canada appartiennent à des administrations municipales qui sont chargées de les entretenir. La valeur des infrastructures municipales en mauvais, voire en très mauvais état, s’élève à 141 milliards de dollars (12 %) sur 1,1 millier de milliards au total. Étant donné que ces infrastructures en piètre état sont davantage susceptibles de ne plus remplir leur fonction lors de phénomènes climatiques extrêmes, on peut raisonnablement estimer que plus de 12 % des infrastructures du Canada sont actuellement vulnérables aux impacts des changements climatiques.

Il faut donc absolument définir les plus grands risques et les points les plus vulnérables pour repérer les infrastructures dans lesquelles investir en priorité. La plupart varient d’une municipalité à l’autre et exigent une solide gestion des actifs, ainsi que des évaluations de toutes les infrastructures vieillissantes et de leur réponse aux risques et paramètres climatiques. D’autres risques se retrouvent partout – je parle ici des êtres humains.

Étant donné que ces infrastructures en piètre état sont davantage susceptibles de ne plus remplir leur fonction lors de phénomènes climatiques extrêmes, on peut raisonnablement estimer que plus de 12 % des infrastructures du Canada sont actuellement vulnérables aux impacts des changements climatiques.

En effet, nous devons non seulement préparer pour l’avenir les lignes électriques et les conduites de drainage – ces éléments disgracieux pourtant essentiels à notre confort – mais aussi évaluer les risques qui menacent la population, notre ressource la plus précieuse, afin de bien la protéger.

Des mesures relativement simples peuvent être prises, par exemple modifier l’horaire de la main-d’œuvre travaillant dehors et donc exposée aux vagues de chaleur toujours plus intenses et la former en continu sur les risques encourus et les stratégies à adopter. Mais d’autres étapes plus complexes et difficiles sont pareillement importantes.

L’une d’elles consiste à se pencher attentivement sur les déterminants sociaux de la vulnérabilité aux changements climatiques. Nous ferons alors face à une réalité gênante : les risques ne sont presque jamais répartis également au sein de la population. Ils dépendent grandement de facteurs sociologiques comme le statut social, le réseau de soutien, la scolarité et l’alphabétisation, le genre et la culture.

D’après Ewa Jackson, Megan Meaney et Christina Schwantes d’ICLEI – Local Governments for Sustainability, pour accroitre la résilience, nous devons soutenir les personnes les plus vulnérables, souvent exclues du processus de décision. Il est essentiel pour les villes de bâtir une véritable communauté et d’assurer la cohésion sociale; ce seront des avantages indéniables dans leur préparation aux changements climatiques. Là où la cohésion sociale et le sentiment d’appartenance à une culture sont forts, les gens sont plus résilients et se remettent mieux des crises.

Les municipalités peuvent contribuer à améliorer la résilience de leur population en créant des lieux publics, des politiques et des programmes qui permettront aux gens de tisser des liens sans égard aux clivages sociaux imposés, notamment ceux liés au genre, à la classe sociale et à l’ethnicité.

Gestion adaptative

Les infrastructures que nous concevons et construisons aujourd’hui seront toujours en service dans plus d’un siècle. Nous avons donc l’obligation de tenir compte des effets des changements climatiques lors de leur conception. Toutefois, il n’est pas simple d’imaginer et de bâtir des infrastructures capables de résister aux changements climatiques, et cela exige de prendre des décisions dans un contexte de grande incertitude. Pour répondre à l’augmentation des risques et des incertitudes qui accompagnent les changements climatiques, nos conceptions, nos entreprises et nos processus doivent être agiles et adaptatifs.

En matière de résilience climatique, notre approche doit être adaptée aux situations que nous vivons. Parfois, nous devrons concevoir des infrastructures plus grandes et plus robustes, mais parfois cette solution s’avérera trop sophistiquée et ne sera ni viable financièrement, ni souhaitable. Les budgets sont déjà serrés dans de nombreuses municipalités et il peut ne pas être ni rentable ni durable de bâtir des actifs pour résister aux phénomènes climatiques majeurs. À la place, nous pouvons utiliser des solutions de conception adaptative, stratégiquement choisies en nous appuyant sur une approche d’analyse risques-coûts.

Voici quelques exemples de stratégies de conception adaptative :

  • Des infrastructures qu’on peut adapter en fonction des changements climatiques, p. ex. des ponts qu’on peut surélever et des édifices qu’on peut aisément modifier.
  • Des infrastructures qui ont une courte durée de vie quand il y a beaucoup d’incertitude autour des principales menaces, p. ex. les bâtiments qu’on peut stratégiquement démanteler en cas de montée des eaux.
  • Des approches de conception tenant compte des points faibles qui posent souvent problème en cas d’événement perturbateur et qu’on peut facilement réparer après l’événement.
  • Des solutions de protection actuelles ou nouvelles qui ne font pas appel à l’ingénierie, p. ex. créer des marais au lieu de construire des digues pour protéger le littoral.

Les menaces toujours plus grandes présentées par les changements climatiques peuvent sembler insurmontables : voyons-les plutôt comme des occasions. Imaginer des villes intelligentes capables de s’adapter nous amène peut-être à remettre en question les conventions, nos habitudes et nos compétences, mais nous n’en deviendrons que plus innovants et prêts pour l’avenir – de véritables piliers de la cohésion sociale.

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