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SOCIÉTÉ


Infrastructure intersectionnelle

À l’échelle mondiale, le Canada jouit depuis longtemps de la réputation d’être un modèle du multiculturalisme. Nos communautés autochtones ainsi que les gens d’une myriade d’ethnicités, de capacités et de statuts socioéconomiques différents se sentent ici chez eux et c’est à l’intersection de nos environnements bâtis et sociaux que nombre de ces identités complexes se chevauchent. Malgré tout, en raison des grands titres des médias des deux dernières années, nous nous sommes heurtés à un questionnement important sur le véritable caractère inclusif de nos communautés. À compter de maintenant, il est essentiel de concevoir les infrastructures sous l’angle de l’inclusivité. Les besoins de quelles personnes sont hiérarchisés? La culture de quelles personnes informe notre prise de décision? Et comment créons-nous des espaces plus inclusifs pour tous?


Lorsque nous faisons face à des situations de crise, que ce soit une pandémie, une catastrophe naturelle et les impacts des changements climatiques, nous avons tendance à nous concentrer d’abord sur nos systèmes de soins de santé et d’intervention en cas d’urgence. Pendant un événement de type cygne noir ou de crise, le premier canari de la mine de charbon proverbial sera naturellement nos ressources en santé publique. Toutefois, les défis convergents de la pandémie, des changements climatiques et de l’incertitude économique illuminent beaucoup plus de fissures dans nos infrastructures que les lits limités aux soins intensifs ou les risques liés à la ventilation des immeubles à eux seuls.

Les événements de 2020 et de 2021 ont mis en lumière l’inégalité qui existe d’un océan à l’autre, que ce soit entre les régions éloignées et les zones urbaines, ou même au sein de villes densément peuplées qui, en théorie du moins, ont une abondance de ressources très concentrées pour répondre à tous nos besoins.

Les feux de forêt, les canicules et la pandémie ont évolué dans un contexte des inégalités économiques frappantes, tant au Canada qu’ailleurs dans le monde. Nous observions déjà d’énormes différences (article en anglais) entre les taux et les résultats en matière de maladies non transmissibles et de déterminants sociaux de la santé. Pour bien des gens, ces situations de crise étaient amplifiées par les lignes de faille préexistantes dans nos systèmes de protection sociale et ce sont surtout ceux vivant dans l’insécurité économique, les femmes, les jeunes, les minorités et les communautés affichant une pénurie de logements qui ont le plus été touchés par ces impacts.

Nombre de ces lignes de faille sont tissées dans les systèmes intangibles sur lesquels nous nous appuyons, comme les prévisions d’emploi, l’accès à de bons soins de santé et les filets de sécurité sociale. Mais à la base de tout, se trouve l’environnement physique bâti dans lequel nous vivons.

Comment notre infrastructure a-t-elle contribué à l’accès inégal aux bons résultats en matière de santé et de qualité de vie, surtout dans le contexte d’une pandémie mondiale? Se poser ces questions est la première étape pour voir les choses différemment et imaginer autrement la façon dont nous concevons l’environnement bâti.

Se laver avec de l’eau contaminée

Dès les premiers jours de la pandémie, la première ligne de défense a été le lavage des mains. Après chaque déplacement à l’extérieur, chaque visite à l’épicerie, chaque interaction (même avec un colis ou une livraison de nourriture), nous avons appris à bien frotter nos mains. Mais qu’en est-il des 33 communautés, dont bon nombre sont des communautés éloignées et autochtones, qui sont toujours confrontées à des avis concernant la qualité de l’eau potable? En raison d’une infrastructure limitée et inégale, ces communautés n’ont pas accès à de l’eau potable. Les CDC recommandent (article en anglais) de consulter les responsables de la santé publique locaux avant de se laver les mains avec de l’eau contaminée.

Il est déjà bien difficile de lutter contre une pandémie avec toutes les ressources à notre disposition, mais pour les communautés qui n’ont pas accès même à l’infrastructure la plus fondamentale, la difficulté devient catastrophique. Au Canada, des douzaines de communautés autochtones éloignées ont fait face non seulement aux avis d’ébullition d’eau à long terme, mais aussi au manque d’installations de soins de santé adéquates (article en anglais), de logement, de réserves alimentaires et de personnel pour mettre en place les mesures d’intervention en cas d’urgence. En 2020, le gouvernement fédéral a omis de mentionner l’échéance de 2021 promise pour la levée des avis d’ébullition d’eau, ce qui a poussé certains intervenants à spéculer que la COVID pourrait causer des retards (article en anglais).

Déplacements, tests et traitement

L’eau propre n’est pas le seul déficit infrastructurel qui touche les communautés vulnérables. La COVID a également mis en lumière la façon dont les communautés défavorisées font face à des déficits touchant l’infrastructure de transport, le logement et l’accès aux soins de santé. Pour les personnes vivant dans des communautés éloignées, il peut être extrêmement difficile de se déplacer pour subir un test de dépistage de la COVID ou consulter un médecin, alors que l’infrastructure de transport en commun est limitée, voire inexistante. Même les zones urbaines observent certaines difficultés à ce chapitre. Alors que les autobus et les tramways ont réduit leurs horaires de service en réponse à la chute de l’achalandage, il est devenu de plus en plus ardu pour les habitants des zones insuffisamment desservies de se rendre à un centre de dépistage, à un hôpital ou à un centre de vaccination.

Les inégalités en matière de mobilité ont eu une incidence disproportionnée sur les personnes vivant dans plusieurs « déserts du transport en commun », même dans les grandes villes, comme Toronto. Ces zones mal desservies chevauchent les zones à faible revenu, ce qui soulève des questions fondamentales sur l’équité des transports alors que les citoyens y habitant n’ont aucun accès facile à la mobilité, aux possibilités d’emploi et à la vie publique.

Il faut également tenir compte de l’intersection entre l’infrastructure de transport et les handicaps. Pendant la pandémie, bien des personnes handicapées ont signalé éprouver des difficultés pour accéder aux transports accessibles déjà limités, alors que la COVID exacerbait nombre des obstacles préexistants tout en en créant de nouveaux.

L’eau propre, les transports accessibles, les logements à prix abordable et les soins de santé équitables sont quelques domaines où l’environnement bâti chevauche les écarts en matière d’équité des communautés défavorisées.

Portrait holistique

Ce ne sont que quelques exemples de la façon dont la pandémie a exercé une immense pression sur ces éléments de notre infrastructure qui étaient déjà mis à rude épreuve, mal desservis ou rudimentaires. L’eau propre, les transports accessibles, les logements à prix abordable et les soins de santé équitables sont quelques domaines où l’environnement bâti chevauche les écarts en matière d’équité des communautés défavorisées.

En soulignant si clairement ces écarts en matière d’équité, la COVID-19 pourrait nous aider à réfléchir plus largement à la façon dont nous concevons nos infrastructures, nos villes et nos communautés. Pour y arriver, la consultation continue des communautés qui sont confrontées à ces écarts sera essentielle. S’ouvrir à la grande connaissance et à l’expertise des communautés autochtones ou des personnes handicapées peut contribuer à éclairer notre approche de conception afin d’accroître la résilience de notre infrastructure et de veiller à ce que notre environnement bâti réponde aux besoins de tous.

Pour plus d’informations sur la manière dont WSP réinvente le Canada d’un océan à l’autre, cliquez ici.

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