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CLIMAT


Le filet de sécurité

En matière de carboneutralité, les experts ont bon espoir que les objectifs que nous nous sommes fixés permettront de protéger des milliards de personnes des pires ravages des changements climatiques. Mais la question se pose, est-il possible que ce filet de sécurité ne protège pas tout le monde et que certaines populations vulnérables passent finalement à travers ses mailles? Voilà pourquoi l’équité, l’inclusion et l’attention portée aux conséquences inattendues des changements climatiques font partie intégrante de la transition vers la carboneutralité.


Il y a tout juste vingt ans, le Canada connaissait un véritable essor économique, dans certaines régions du moins, avec la croissance prometteuse de ses secteurs pétroliers et gaziers. Entre 2001 et 2008, les grandes entreprises du secteur de l’extraction minière et de l’extraction de pétrole et de gaz sont responsables de la moitié de la hausse du PIB national.

Cet essor dans les ressources naturelles était plus que bienvenu après la récession des années 1990 et la fluctuation des taux de chômage. Pourtant, le secteur de l’énergie et des ressources naturelles a rapidement évolué depuis 2008, tout comme nos pratiques environnementales. Tandis que l’économie du pétrole et du gaz s’est transformée au fil des ans en fonction des évolutions mondiales, économiques, industrielles et technologiques, l’économie du dioxyde de carbone a drastiquement changé après la publication d’un seul et même rapport.

En 2018, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié son rapport Réchauffement planétaire de 1,5 °C dans lequel il expliquait que, pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, chaque pays devait diviser par deux ses émissions de dioxyde de carbone d’ici 2030 et les avoir neutralisées d’ici 2050.

Grâce à ce rapport, la carboneutralité est devenue le principal objectif des pays et des entreprises du monde entier. Et même si la course à la décarbonisation représente un important filet de sécurité pour les préoccupations environnementales et contre les impacts des changements climatiques, la transition nécessitera de prêter attention aux conséquences inattendues pour les populations les plus vulnérables.

La course à la carboneutralité

Le secteur de l’énergie au Canada n’est qu’un domaine parmi d’autres qui évolue tellement rapidement qu’une grande portion de travailleurs se retrouvent soudainement sans emploi ou dans des conditions précaires. Tandis que nous passons à l’industrie 4.0, d’autres changements sectoriels, l’accroissement des inégalités sociales, la densification urbaine et les cygnes noirs comme les événements météorologiques extrêmes et les impacts climatiques créent aussi de la volatilité, ce qui a des incidences sur les populations vulnérables.

Historiquement, les périodes de grande transformation économique, de la Révolution industrielle à l’avènement du commerce en ligne, ont toujours été tumultueuses et entrainé des privations et de la prospérité. Pour Jim Coleman, chef des services économiques chez WSP Royaume-Uni, la situation difficile dans laquelle nous nous trouvons actuellement rappelle la restructuration du Royaume-Uni dans les années 1980, quand le pays est passé d’une économie industrielle et manufacturière à une économie de services.

Les communautés qui dépendaient le plus des industries lourdes, comme l’exploitation du charbon et la fabrication de bateaux, ont cruellement manqué de planification coordonnée.

« On a supposé que le marché se corrigerait tant bien que mal de lui-même et que les gens délaisseraient les industries en déclin au profit de celles en pleine croissance. Toutefois, cela n’a pas été le cas », explique-t-il.

Passer à travers les mailles du filet

La pandémie nous a donné un triste aperçu de ce qui peut arriver quand des secteurs et des populations sont touchés de manière disproportionnée par de grands changements imprévisibles. Nous avons vu ressortir des inégalités sociales bien ancrées, dit Jim Coleman, tandis que certains groupes souvent défavorisés comme les femmes, les jeunes et les minorités ont été les plus touchés par les interruptions dans certains secteurs, comme l’hôtellerie, le tourisme et le commerce de détail.

La transition vers la carboneutralité et d’autres mesures de gestion des changements climatiques pourraient créer 65 millions de nouveaux emplois à faible empreinte carbone d’ici 2030 (article en anglais), selon l’Organisation internationale du travail (OIT). D’après l’OIT, de nouveaux débouchés en construction, en fabrication de machinerie électrique, en exploitation de charbon, en production d’énergie renouvelable et en cultures énergétiques pourraient compenser les pertes en hydrocarbures. Toutefois, nous avons besoin d’un plan de transition fiable axé sur l’équité pour permettre aux personnes qui en ont le plus besoin de tirer profit de ces occasions.

La plupart du temps, il s’agira de requalifier efficacement la main-d’œuvre, ce qui, jusqu’à présent, est un volet sous-développé des approches visant la carboneutralité.

« Il y a un grand écart entre les qualifications des travailleurs qui viennent des secteurs en déclin et celles qui sont nécessaires pour occuper les postes créés dans les nouveaux secteurs. On ne passe pas du commerce de détail à la recharge ou à l’installation de véhicules électriques du jour au lendemain », explique Jim Coleman.

Le secteur de la formation continue pourrait jouer un rôle important, aussi bien pour les jeunes qui sont encore aux études que, peut-être plus important encore, pour les travailleurs qui doivent se requalifier en vue de suivre de nouveaux cheminements de carrière. La requalification pourrait aussi être un défi pour les gens qui ont toujours eu du mal à intégrer la vie active pour des raisons de santé ou de localisation, entre autres.

Pour le moment, peu d’employeurs créent des plans d’action précis pour former et perfectionner leur main-d’œuvre. Toutefois, les investisseurs s’y intéressent de plus en plus, notamment parce que la divulgation des risques liés à la transition, par exemple dans le cadre des recommandations du Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (GIFCC), s’étend maintenant à la main-d’œuvre.

Pour atteindre l’objectif de carboneutralité d’ici la fin de la première moitié du siècle, il faudra trouver un délicat équilibre entre les priorités environnementales, sociales et économiques et tirer des leçons de nos erreurs du passé.

Une place à la table des décisions

La conception d’une transition vers la carboneutralité équitable, inclusive et économiquement efficace reposera sur le dialogue social et la prise en compte des points de vue des divers acteurs. Pour atteindre l’objectif de carboneutralité d’ici la fin de la première moitié du siècle, il faudra trouver un délicat équilibre entre les priorités environnementales, sociales et économiques et tirer des leçons de nos erreurs du passé.

« Tout ce qui a été accompli grâce à l’Accord de Paris sera compromis en nous concentrant uniquement sur les impératifs environnementaux et économiques, sans tenir compte des aspects sociaux et politiques qui remettent en question la logique même de notre économie », met en garde Elliott Cappell, directeur, Changements climatiques et résilience chez WSP Canada.

Les problèmes comme la justice sociale sont intrinsèquement politiques, et donc diviseurs. Pourtant, Elliott Cappel croit qu’il doit être possible de dépolitiser la transition vers l’objectif de carboneutralité.

« Trop mettre l’accent sur la justice sociale, c’est risquer de se faire accuser d’être un “melon d’eau”, c’est-à-dire vert à l’extérieur et rouge à l’intérieur. »

« Pour éviter cela, dit-il, chaque politique ou décision en matière d’investissement doit être présentée non seulement de manière à montrer en quoi elle favorise l’atteinte des objectifs climatiques à long terme ou de l’égalité sociale, mais aussi en quoi elle revêt des avantages tangibles au quotidien, ce qui entrainerait moins de divisions au sein de la population. »

« Par exemple, nous savons que la gestion de nos bâtiments vieillissants est essentielle pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, dit Elliott Cappell. Les gens qui vivent dans des appartements datant de plusieurs dizaines d’années sont principalement préoccupés par les pannes d’ascenseur, le manque d’air conditionné, le froid et les courants d’air. Grâce aux rénovations qui permettent un meilleur rendement énergétique, nous pouvons rapidement créer des emplois facilement accessibles, réduire les émissions et bâtir davantage de villes où il fait bon vivre. Finalement, c’est ce que recherchent la plupart des gens. »

La transition vers la carboneutralité avec une approche axée sur l’équité sociale nécessitera une gouvernance minutieuse de tous ces facteurs, mais s’il est bien géré, le potentiel des avantages économiques, environnementaux et équitables sera infini.

Pour en savoir plus sur la manière dont WSP réinvente le Canada d’un océan à l’autre, consultez la page de notre campagne.

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