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SOCIÉTÉ


Les fondements de la résilience

La création d’un environnement bâti plus résilient face aux événements climatiques extrêmes fait l’objet d’une attention accrue, mais qu’en est-il des chocs qui se produisent sous la surface? Lorsqu’il vient le temps de créer des espaces capables de résister aux catastrophes environnementales, la résilience sismique est un élément fondamental. Comment construire de meilleures structures qui réduisent le plus possible les conséquences des événements sismiques?


En février 2011, un tremblement de terre d’une magnitude de 6,3 a frappé la petite ville de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. C’était la réplique d’un séisme de magnitude 7,1 qui s’était produit environ cinq mois auparavant. En un seul jour, la communauté a essuyé 185 pertes humaines et 80 % du centre-ville (article en anglais) a été rasé.

Au-delà des bâtiments détruits, cette catastrophe a créé une onde de choc qui a causé plusieurs autres dommages. Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées sans nulle part où aller, des entreprises et des emplois ont disparu du jour au lendemain, et la ville s’est retrouvée avec une liste sans fin de services et de structures à reconstruire.

Le coût estimé de la reconstruction s’élevait à environ 40 milliards de dollars (article en anglais), mais, selon les experts, cette somme était bien plus élevée. Dix ans après, nous avons appris de nombreuses leçons sur la résilience sismique que les experts réputés chez WSP au Canada mettent en pratique sur les nouveaux édifices, notamment dans les zones à risque en Colombie-Britannique et à Ottawa.

Des répercussions imprévues

On pense généralement qu’après un tremblement de terre, les ingénieurs s’attellent immédiatement aux travaux de reconstruction. Mais le temps nécessaire à cette reconstruction et les conséquences d’un séisme sont souvent sous-estimés.

Au vu des codes de construction modernes et de la charge sismique, il est probable que de nombreux bâtiments y résistent. Même des immeubles plus anciens pourront rester debout, mais sans être opérationnels pour autant et sans être sûrs non plus.

Les entreprises, les bureaux et les magasins ne seront peut-être pas ouverts; les travailleurs voudront peut-être faire du télétravail, mais pourraient être délogés de leur maison pour une durée indéterminée en raison des dommages causés par le tremblement de terre. Le transport et les routes pourront également subir des dégâts. Même si votre immeuble n’est pas endommagé, l’immeuble voisin le sera peut-être – ce qui rendra l’entrée dans certains bâtiments intacts dangereuse. L’impact potentiel sur le fonctionnement d’une ville entière est considérable.

On pense généralement qu’après un tremblement de terre, les ingénieurs s’attellent immédiatement aux travaux de reconstruction. Mais le temps nécessaire à cette reconstruction et les conséquences d’un séisme sont souvent sous-estimés.

Le temps nécessaire pour la reconstruire est important. En plus des processus à entreprendre, comme celui des assurances et des évaluations, il y a également celui de la priorisation. Pendant les travaux de remise en état de la ville, les personnes qui ne seront pas concernées par la reconstruction constateront que leur emploi a disparu. Dans une ville, après une catastrophe, il n’est pas rare de voir les habitants migrer de façon massive vers d’autres centres urbains, à la recherche de nouveaux emplois et de nouveaux logements pendant que leur ville d’origine semble gelée dans le temps.

Si un tremblement de terre important frappait Vancouver, par exemple, nous verrions une grande partie de la population déménager vers Calgary, Kelowna, Abbotsford et d’autres villes avoisinantes pour trouver une maison, un travail et une école après avoir été délogée. L’incident de Christchurch nous a appris une leçon importante; il faut proposer aux citoyens des mesures incitatives pour rester ou revenir après la catastrophe, afin de stimuler sa reprise économique.

Conception selon des normes plus strictes

Si tous ces impacts d’envergure et durables nous ont appris une chose sur la conception pour la résilience sismique, c’est que veiller à ce que nos bâtiments restent debout pendant un tremblement de terre n’est pas suffisant.

Avec les codes sismiques, nous concevons généralement des immeubles pour assurer la sécurité des personnes. L’objectif principal vise à les empêcher de s’effondrer et de faire en sorte que les impacts ne soient pas mortels, dans la mesure du possible, pour les habitants. Mais ces normes de conception ne sont pas axées sur l’exploitation ultérieure. Nous aurons tout au moins un immeuble debout avec des fenêtres brisées, des panneaux internes déplacés, des murs cassés entre les appartements et des tuyaux disloqués. Et il est peu probable qu’il puisse supporter une réplique importante.

Nos villes peuvent concevoir des services publics destinés à fonctionner après une catastrophe, comme les réseaux d’eau potable, mais en ce qui concerne les immeubles individuels, il est possible que l’eau, le gaz ou l’évacuation des eaux usées ne soient pas opérationnels. Nous avons l’occasion de concevoir des édifices capables de résister aux séismes avant qu’une catastrophe survienne. Leur coût ne sera pas forcément astronomique et leur conception ne suivra pas forcément les codes post-catastrophes, mais avec quelques modifications, nous pouvons concevoir des bâtiments à haut rendement énergétique bien plus résilients en cas de tremblement de terre.

Nous disposons des outils et des compétences nécessaires pour concevoir des immeubles avec une bonne élasticité, qui limitent les mouvements entre les étages et qui absorbent les mouvements résiduels. Pour résumer, si les étages bougent latéralement ou si le bâtiment entier bouge, il est conçu avec l’élasticité nécessaire pour plier sans rompre. Ainsi, l’immeuble ne sera pas endommagé pendant le tremblement de terre et sera plus susceptible de rester opérationnel. Plus particulièrement, les édifices sont vraisemblablement capables de résister aux répliques, ce qui n’était malheureusement pas le cas de Christchurch.

Investir dans la résilience

Même si les concepteurs et les ingénieurs ont ces capacités, quelques aspects doivent notamment être pris en compte. Premièrement, l’appliquons-nous pour tous nos bâtiments? Il serait extrêmement coûteux et perturbant de rénover toutes les bâtisses anciennes et existantes dans un centre-ville important. Nous pouvons néanmoins construire les nouveaux édifices dans ce sens.

Concevoir des immeubles officiels, conformes aux codes post-catastrophes a un prix – une installation classée post-catastrophe peut coûter jusqu’à 30 % plus cher. Mais les concepteurs pionniers peuvent construire des structures à un prix plus élevé de 1 à 2 %, offrant un bâtiment ayant environ 90 % de chances supplémentaires de rester opérationnel après un événement sismique.

À des fins de comparaison, ce coût est assez négligeable et il offre une analyse de rentabilité solide. Étant donné que ces immeubles présentent des risques moindres pour leurs habitants, les propriétaires ou les exploitants offrent une valeur supplémentaire et peuvent imposer un loyer plus élevé. La décision de garantir des structures opérationnelles après une catastrophe est également stratégique, car peu le sont.

Il est important de réfléchir au-delà des structures résidentielles et commerciales et de tenir compte des centres institutionnels et communautaires. Après une catastrophe, les habitants se ruent dans ces espaces publics qui forment le foyer d’une communauté et le centre logistique des interventions d’urgence; il est donc impératif d’investir de manière préventive afin d’assurer le caractère opérationnel de ces structures après un tremblement de terre.

En repensant les moyens que nous utilisons pour concevoir des bâtiments face aux risques environnementaux, nous pouvons considérablement diminuer les conséquences économiques et les ondes de choc sociales d’un événement sismique.

Pour plus d’informations sur la manière dont WSP réinvente le Canada d’un océan à l’autre, consultez notre page sur la campagne.

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